Par ASSOCIATION EN FORCE POUR LE MANTOIS ASSOCIATION,
vendredi 15 février 2008 à 20:19 :: ARTICLE DE PRESSE
Comment favoriser la participation démocratique …?
Démocratie participative et concertation sont les maîtres mots de la précampagne actuelle, en particulier celle de dont le programme présenté progressivement se veut un programme interactif, amendable et collectif. C’est que la «participation», si elle investit régulièrement les discours, n’est toujours pas entrée dans les mœurs institutionnelles françaises, largement dominées par le double modèle de l’expertise et de la décision souveraine. Le dossier de juillet de la revue est consacré aux forces et aux faiblesses de la participation, à ce hiatus persistant entre la «grande démocratie» et la « petite démocratie » (Daniel Mothé), la première étant représentative, la seconde participative.
Or ce thème de la participation est indissociable d’une crise de l’idée même de représentation qui fait l’objet d’une redéfinition de la représentation démocratique est presque universellement partagée, ce sont les modalités de cette redéfinition qui diffèrent. Avant de proposer sa propre thèse, l’auteur distingue trois manières de penser, ou plutôt de rétablir, la représentation politique. D’abord le modèle «procédural» qui accorde tout à la discussion rationnelle et à l’argumentation, mais risque de céder à l’abstraction. Dans un deuxième temps, et de manière bien plus massive, la reconstitution du « peuple personne » via l’attention aux sondages, la référence presque sacrale à l’opinion publique et l’émotion médiatique. Dans tous les cas, il s’agit de donner de la « chair » au peuple en présupposant son unité. Enfin, la représentation peut être pensée en référence à la nostalgie des identités passées, celles où la volonté du peuple s’énonçait clairement sur le fond de croyances partagées.
Or c’est bien cette question de l’identité au cœur d’une société éclatée qui pose à nouveaux le problème de la représentation politique. La difficulté est celle de la conjonction entre une réalité de fait (la société est traversée par des exigences plurielles et souvent contradictoires) et une exigence (la démocratie se caractérise par ce que on appelle le « lieu vide du pouvoir » qui interdit de discerner une source unique du savoir, de la loi et du pouvoir). Pierre Rosanvallon propose une solution réaliste à cette tension en insistant sur la « dimension cognitive de la représentation ». Pour penser la représentation, encore faut-il avoir une connaissance aussi précise que possible du représenté, c’est-à-dire se donner les moyens de garantir une certaine lisibilité à la société. C’est là le rôle des sciences sociales, à la condition qu’elles adaptent leurs outils à la réalité contemporaine qui ne se laisse plus réduire au modèle de la lutte des classes.
Mais cet appel à l’expertise ne peut être que le préalable à une représentation politique efficace et juste. Encore faut-il admettre, et c’est là une exigence adressée aux politiques, que les identités ne se laissent plus réduire à un ensemble de « qualités communes stables ». L’exemple de la représentation des chômeurs est ici tout à fait révélateur : il ne s’agit pas seulement de mettre dans l’espace public une volonté une, mais un ensemble d’expériences singulières et irréductibles les unes aux autres. On songe aussi bien aux «communautés» qui n’existent comme des entités stables que dans les discours communautaristes, mais qui, dans les faits, se révèlent complexes aussi bien dans la perception qu’elles ont d’elles-mêmes que dans l’énoncé de leurs attentes. C’est peut-être ici que la participation peut venir en complément d’une représentation dynamique : parce que les identités démocratiques se construisent beaucoup plus qu’elles ne se livrent dans une parfaite transparence.
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