(ANRU) pourquoi une telle persistance de la « question urbaine » ?
Par ASSOCIATION EN FORCE POUR LE MANTOIS ASSOCIATION, samedi 16 février 2008 à 14:59 :: URBANISME :: #14 :: rss
Jacques Donzelot souligne une des limites de l’Anru : « Les habitants s’estiment mal informés, pas vraiment consultés, placés le plus souvent devant le fait accompli, chassés d’où ils habitent pour une destination qu’ils n’ont pas pu choisir, pour un appartement souvent plus petit et plus cher. La loi de 2003 prévoyait bien une concertation méthodique des habitants, nécessaire pour obtenir les financements. Mais la procédure n’est en pas vraiment codifiée. » [4] Alors même que c’est par ce type de dialogue et d’implication que l’on mobilise et, osons le dire, conscientise, les habitants. Il est vain d’imaginer un renouveau de leur propre destin et une dynamisation de leur quartier et de leur ville sans les y associer.
Une suite de rapports et de lois
Depuis plus de trente ans les rapports officiels sur le thème de la ville malade se succèdent [2]. Ils sont correctement élaborés par des personnalités de qualité, leurs diagnostics concordent, ainsi que leurs prescriptions. Des décisions sont prises par les autorités, comme la création d’une Commission nationale pour le développement social des quartiers, la délimitation de zones d’éducation prioritaire (Zep), la mise sur pied de la délégation interministérielle à la ville, la nomination d’un ministre de la Ville (Michel Delebarre le premier, en 1990), le vote d’une loi d’orientation sur la ville (qui recense 400 zones urbaines sensibles, les Zus), l’ouverture de zones franches urbaines (qui doivent relancer l’économie de ces quartiers et privilégier la création locale d’emplois), l’adoption de la loi « Solidarité et renouvellement urbain » en 2000 (qui oblige toutes les communes à compter 20 % de logements sociaux ou d’être pénalisées) ou plus récemment, en 2004, le lancement de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). Des milliards de francs puis d’euros sont budgétés (en 2006, 9 milliards de travaux sont soutenus par l’Anru, à terme il s’agira de 35 milliards d’euros) et injectés dans des myriades d’opérations, irriguant d’innombrables projets (l’Anru en 2006 traitait 455 quartiers, soit une population de 2,4 millions). Malgré ces incontestables efforts, des situations inadmissibles demeurent, et l’on doit s’interroger : pourquoi une telle persistance de la « question urbaine » ?
Jacques Donzelot explique très bien que si les États-Unis misent davantage sur les destinataires des aides publiques que sur les territoires, la France adopte la démarche inverse (2003). Elle privilégie le remodelage des quartiers en difficulté et mobilise moins les individus concernés. La restructuration morphologique des grands ensembles ne suffit pas à redonner confiance et dignité à une population qui perd pied. La transformation architecturale est une des conditions de l’amélioration des conditions de vie de chacun, mais pas la plus déterminante. L’image du quartier ne désigne pas un cadre bâti, mais une population. Celle-ci doit être composite – terme que je préfère à « mixte », la mixité sociale se présentant comme une injonction politique, alors qu’il s’agit bien de composer une variété sociale, culturelle, religieuse… – et par conséquent, mobile.
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